Le Commandant Aboubacar Sidiki Diakité, un acteur majeur de l’histoire récente de la Guinée
Tout commence après la mort du président Lansana Conté, le 22 décembre 2008, qui plonge la Guinée dans un vide institutionnel. Un groupe de militaires de rang subalterne, emmené par le capitaine Moussa Dadis Camara, s’empare du pouvoir et proclame la mise en place du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD). Ce conseil, censé incarner une rupture avec l’ancien régime, réunit une équipe d’officiers ambitieux parmi lesquels Aboubacar Diakité se distingue rapidement. Surnommé « Toumba », il devient l’un des hommes de confiance de Dadis Camara, occupant une place stratégique au sein de la junte militaire. À cette époque, il incarne, avec d’autres jeunes gradés, la promesse d’un renouveau politique, mais cette façade ne tarde pas à se fissurer. Les rivalités internes, les dérives autoritaires et la gestion brutale des opposants transforment progressivement le CNDD en un régime craint, où la force prime sur le dialogue. Toumba, par sa proximité avec Dadis, se trouve au cœur de ce système, et son nom commence à circuler dans les cercles d’influence comme celui d’un homme capable d’agir sans état d’âme.
Le 28 septembre 2009 demeure une date gravée au fer rouge dans la mémoire collective guinéenne. Ce jour-là, plusieurs dizaines de milliers de personnes se rassemblent pacifiquement dans le stade du 28 septembre, à Conakry, pour protester contre l’annonce de la candidature de Dadis Camara à la présidentielle, que la junte avait pourtant juré de ne pas briguer. La riposte des forces de sécurité, sous le commandement direct des proches du CNDD, vire au bain de sang. Selon la Mission internationale d’établissement des faits mandatée par l’ONU, au moins 156 personnes furent tuées, des centaines d’autres blessées, et des dizaines de femmes furent victimes de viols systématiques, perpétrés par les militaires et les gendarmes présents dans l’enceinte du stade. Ce massacre, dont les images ont fait le tour du monde, plonge la Guinée dans l’horreur et isole définitivement la junte sur la scène internationale. Aboubacar Diakité, dit Toumba, est rapidement accusé par de nombreux témoins et survivants d’avoir joué un rôle central dans la répression. Des récits concordants le présentent non seulement comme un participant direct aux exactions, mais aussi comme l’un de ceux qui auraient donné des ordres aux soldats présents dans le stade, contribuant ainsi à la brutalité des opérations. À ses côtés, d’autres figures du CNDD — le capitaine Marcel Guilavogui, le lieutenant-colonel Aboubacar Sidiki Camara dit « Toumba » (homonyme, ancien aide de camp de Dadis), le colonel Moussa Tiegboro Camara, etc. — seront également impliquées dans ce qui deviendra, des années plus tard, le plus grand procès pour crimes contre l’humanité jamais organisé en Afrique de l’Ouest.
Face à la pression internationale et à l’ouverture d’une enquête judiciaire, Toumba Diakité choisit l’exil. Alors que Dadis Camara, gravement blessé dans une tentative d’assassinat par son ancien aide de camp (Aboubacar Sidiki Camara, également surnommé Toumba), est évacué, Aboubacar Diakité (Tourba) parvient à quitter la Guinée. Il trouve refuge au Liberia, puis en Côte d’Ivoire, où il vit pendant plus d’une décennie, échappant aux mandats d’arrêt et aux tentatives de la justice nationale de le ramener sur le sol guinéen. Pendant toutes ces années, les familles des victimes du 28 septembre, les organisations de défense des droits humains et une partie de la société civile ne cessent de réclamer sa comparution devant la justice, dénonçant l’impunité qui semble protéger les anciens responsables de la junte. Son absence prolongée devient un symbole des difficultés de la Guinée à tourner la page des violences d’État, tandis que le pays tente tant bien que mal de reconstruire ses institutions démocratiques.
Le tournant judiciaire intervient en 2022, après des années de tractations politiques et diplomatiques. Toumba Diakité est finalement extradé vers la Guinée pour être jugé dans le cadre du procès des massacres du 28 septembre, aux côtés de dix autres prévenus. Ce procès, d’une ampleur inédite dans la région, rassemble devant la Cour criminelle de Conakry les principaux acteurs de la répression. Parmi les accusés figurent Moussa Dadis Camara, ancien président du CNDD ; le capitaine Marcel Guilavogui, considéré comme le coordinateur des opérations militaires ce jour-là ; le colonel Moussa Tiegboro Camara, ancien directeur de la Direction nationale des investigations spéciales ; le lieutenant-colonel Aboubacar Sidiki Camara dit « Toumba », ancien aide de camp de Dadis, qui avait lui-même tiré sur ce dernier lors de la tentative d’assassinat de 2009 ; ainsi que le commandant Claude Pivi, le colonel Mamadou Aliou Keïta, le capitaine Ibrahima Cherif Bah, et d’autres gradés des forces de défense et de sécurité. Tous sont accusés de crimes contre l’humanité, d’assassinats, de viols et d’actes de torture. Face à eux, les parties civiles, représentées par un collectif d’avocats et des associations de victimes, portent la mémoire des disparus et la quête de réparation. Le procès, marqué par des suspensions, des incidents, des accusations de partialité et des tensions permanentes, devient le théâtre d’une confrontation historique entre la justice guinéenne et son passé violent. Toumba Diakité, lui, comparaît pour complicité de crimes contre l’humanité, et sa personnalité ne cesse de diviser : certains y voient un simple exécutant, d’autres un rouage essentiel de la machine répressive, dont la responsabilité n’a rien à envier à celle de Dadis Camara.
À l’issue de ce procès marathon, les juges rendent leur verdict. Aboubacar Diakité, dit Toumba, est reconnu coupable et condamné à une lourde peine de prison. Il est incarcéré à la maison d’arrêt de Coyah, où il purge sa peine dans le cadre prévu par la loi guinéenne. Derrière les barreaux, son état de santé ne tarde pas à susciter des inquiétudes. Le 4 mars 2026, un rapport médical circonstancié, établi par les professeurs Houssein Fofana, chirurgien, et Elhadj Yaya Baldé, cardiologue, du Centre Hospitalo-Universitaire Ignace Deen, en présence du Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Coyah et de son conseil, Maître Lancinet Sylla, fait état d’un tableau clinique alarmant : tuméfaction épigastrique, douleurs abdominales persistantes, constipation chronique et troubles du sommeil. Malgré ces signes avant-coureurs, son état semble n’avoir fait que se dégrader dans le milieu carcéral.
Dans la nuit du 23 mars 2026, alors qu’un malaise survient brutalement, les autorités pénitentiaires procèdent à son évacuation sanitaire d’urgence vers l’Hôpital Militaire du Camp Samory Touré, où il bénéficie d’une prise en charge spécialisée. Mais l’évolution de son état de santé se révèle défavorable. Les médecins traitants constatent une hernie de la ligne blanche étranglée, compliquée d’une péritonite aiguë généralisée. Malgré les soins administrés, Aboubacar Diakité est déclaré décédé le mercredi 25 mars 2026 à 4 heures 35 minutes du matin. La Direction Nationale de l’Administration Pénitentiaire et de la Réinsertion, par la voix de son directeur Mamadou Gando Bah, a publié un communiqué officiel annonçant la nouvelle à l’opinion publique. Le texte précise que le condamné exécutait sa peine dans le respect des lois et règlements régissant l’exécution des décisions de justice, et qu’un rapport détaillé sera transmis sans délai aux autorités judiciaires compétentes. Le communiqué conclut par ces mots : « En cette circonstance douloureuse, la Direction Nationale de l’Administration Pénitentiaire et de la Réinsertion exprime ses condoléances les plus émues à la famille du défunt, à ses proches ainsi qu’à l’ensemble de ses relations. »
La mort de Toumba Diakité en détention survient alors que le procès du 28 septembre, bien que déjà jugé, reste une blessure à vif pour la Guinée. Si les autorités présentent son décès comme relevant d’une cause naturelle, les conditions sanitaires en milieu carcéral, le suivi médical des détenus et les délais dans la prise en charge ne manqueront pas de susciter des interrogations, d’autant plus que son état avait été documenté plusieurs semaines avant son décès. Pour les familles des victimes du 28 septembre, cette disparition marque la fin d’une trajectoire judiciaire sans que tous les comptes aient été rendus. Pour d’autres, elle clôt un chapitre douloureux de l’histoire guinéenne, mais la quête de vérité et de réparation, elle, reste plus que jamais ouverte. Dans ce pays qui tente de se reconstruire sur les décombres de ses crises, le nom de Toumba demeure désormais celui d’un homme dont l’ombre continue de planer, entre impunité contestée, justice rendue et mémoire en partage.
DROITS DE L’HOMME
DIRECTION NATIONALE DE
L’ADMINISTRATION PENITENTIAIRE
ET DE LA REINSERTION
REPUBLIQUE DE GUINEE
Travail – Justice – Solidarité
COMMUNIQUÉ
La Direction Nationale de l’Administration Pénitentiaire et de la Réinsertion informe l’opinion publique que le condamné Commandant Aboubacar DIAKITÉ, dit “Tourba”, exécutait sa peine à la Maison d’arrêt de Coyah, dans le respect des lois et règlements régissant l’exécution des décisions de justice en République de Guinée.
Il ressort d’un rapport médical circonstancié en date du 04 mars 2026, établi par les Professeurs Houssein FOFANA, chirurgien et Elhadj Yaya BALDÉ, cardiologue, en service au Centre Hospitalo-Universitaire Ignace Deen, en présence du Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Coyah ainsi que de son conseil, Maître Lancinet SYLLA, Avocat à la Cour, que l’intéressé présentait un tableau clinique caractérisé notamment par une tuméfaction épigastrique, des douleurs abdominales persistantes, une constipation chronique et des troubles du sommeil.
Cependant, dans la nuit du 23 mars 2026, à la suite d’un malaise survenu en milieu carcéral, il a été procédé, avec diligence, à son évacuation sanitaire d’urgence vers l’Hôpital Militaire du Camp Samory TOURÉ, où il a bénéficié d’une prise en charge spécialisée, sous la supervision d’une équipe médicale qualifiée.
Malgré les soins appropriés qui lui ont été administrés, l’évolution de son état de santé s’est révélée défavorable.
C’est dans ce contexte que, le mercredi 25 mars 2026 à 04 heures 35 minutes, le Commandant Aboubacar DIAKITÉ, dit “Tourba”, a été déclaré décédé, dans un tableau clinique de hernie de la ligne blanche étranglée compliquée d’une péritonite aiguë généralisée, ainsi que l’ont attesté les médecins traitants.
Conformément aux exigences de la légalité, un rapport détaillé et circonstancié sera transmis sans délai aux autorités judiciaires compétentes, aux fins d’appréciation et pour toute suite de droit.
En cette circonstance douloureuse, la Direction Nationale de l’Administration Pénitentiaire et de la Réinsertion exprime ses condoléances les plus émues à la famille du défunt, à ses proches ainsi qu’à l’ensemble de ses relations.
Fait à Conakry, le 25 mars 2026
Le Directeur National
MAMADOU GANDO BAH
- Pourquoi un rapport médical dès le 4 mars 2026 faisait état de douleurs abdominales persistantes et d’une tuméfaction épigastrique sans qu’une intervention chirurgicale d’urgence ait été programmée en milieu hospitalier ?
- Comment expliquer que l’évacuation vers l’Hôpital militaire n’ait eu lieu que dans la nuit du 23 mars, soit dix-neuf jours après un diagnostic alarmant, alors que la pathologie — une hernie étranglée — évolue rapidement vers une péritonite mortelle ?
- Enfin, cette mort en détention ne serait-elle que le dernier maillon d’une chaîne macabre qui a déjà vu d’autres prisonniers politiques disparaître dans l’indifférence générale ou dans des conditions rocambolesques ?